Site du prof. Bruno Benjamin Scialom
Article du Rav Dr. Eliahou Rahamim Zini
Yéshiva Orvishua, Rav et enseignant du Technion, Haifa

הילדותיות שבמתחים בין דת ומדע

La puérilité des malveillances dans le débat entre religion et science

Propos  tenus par le Rav  lors de la conférence du 18 avril au sujet de "Torah et Sciences" au Machon Lev.

Jeudi 3 Nissan 5771

Cher M. président du Machon Lev, prof. N. Dana Picard, cher M., Dr. Ariéh Hecht, président du conseil d'administration, chers membres de la commission d'attribution du prix (au nom de) ‘Professeur Lev’ de mémoire bénie, cher M. Menahem Honig, représentant de la famille, chers membres de la direction du Machon Lev, et cher ami, prof. Ali Martzebach, chère assistance (que D.ieu vous préserve et vous garde en vie), je souhaiterais avant toute chose remercier de tout mon cœur le président du Machon Lev, prof. Dana-Picard ainsi que tous les membres de la commission pour ce prix qui m'a été généreusement octroyé au nom du prof. Lev. Je souhaiterais avec votre accord que cette prime soit perçue comme une récompense à une façon de raisonner et d'agir au sein de la société israélienne et du pays d'Israël renaissants grâce à D.ieu, plutôt qu'à une récompense qui m'aurait été destinée à moi personnellement, au rhumb et au cours qui à mon avis, émanent des valeurs toraniques dans lesquelles j'ai été élevé - et non pas de la combinaison de plusieurs voies ou d'une voie intermédiaire issue de l'accommodation d'univers contradictoires, mais surtout d'une ligne de conduite dans laquelle ces mêmes univers coexistent en parfaite symbiose depuis leurs racines, puisant du plus profond de leurs sources dans la Torah Divine, en Eretz Israel. Il me semble aussi que le prof. Lev de mémoire bénie lui-même dédia toute sa vie à cette idée-ci, qu'il pava un chemin tout particulier à cette ligne d'action qui ne fait que se renforcer dans notre pays, trouvant une force d'expression toute particulière dans cette institution nommée d'après lui en toute son honneur - et nous lui souhaitons de continuer de brandir fièrement le flambeau de ces nobles idéaux, de se constituer, ainsi que de construire dans la sublime sainteté de la Torah de D.ieu et dans les sciences - sans mépriser pour autant le combien elles assombrirent l'éclat de l'assemblée d'Israël pendant notre long et amer exil, et qui se sont pourtant ici dans la terre sainte, élevées à la dimension du kodèshe elles aussi, devenant un élément vital et fondamental dans la constitution de notre peuple, comme l'affirmait le 'GRA'(le Gaon de Vilna) dans 'kol Hator' - elles sont à même de nous permettre de nous 'instruire des secrets de la Torah'. Le puissant flot qui se déverse au sein du public religieux-sioniste emportant avec lui des milliers de jeunes d'ores et déjà équipés de tous les instruments intellectuels et pratiques du monde académique et qui pénètrent grâce à eux aux fins fonds insondables de la création et de la réalité matérielle technologique et scientifique - tandis qu'en leurs cœurs, restent gravés les paroles de D.ieu et sertie, leur foi en Lui, reliant les cieux et la terre en une seule longueur d'ondes - et il s'agit là d'un kidouche Hashem, une sanctification du nom de D.ieu dans Son monde dans toute ses acceptions, et à ce sujet l'on peut vraisemblablement affirmer ‘...et toutes les nations du monde verront qu'au nom de D.ieu tu fus nommé et elles te craindront’. Nous souhaitons donc à Machon Lev ainsi qu'à tous ses dirigeants, d'être toujours parmi ceux qui sont à la tête de ces itinéraires.

Le Rav A.I.H Kook, béni soit le souvenir du juste, avait déjà tranché dans son livre Orot que ‘nous sommes nés dans la voie de la vérité et de la foi, et dans cette voie nous nous éduquons. Il n'y a guère de principes morcelés en nous, l'unicité réside en nous, la lumière du D.ieu unique vit en nous’. Lorsque l'on en vient à examiner le système de rapports entre la Torah et les sciences, il convient avant toute chose de préciser ce qu'est la Torah, et ce qu'est la science. En ce qui concerne la nature des sciences, Einstein nous l'avait déjà averti à juste titre: 'ne soyons point jaloux de celui qui se consacre à la théorie scientifique. La nature, ou plus exactement l'expérience, juge avec sévérité son travail et le surveille sans pitié. Elle ne dira jamais 'oui' à une quelconque théorie. Dans les meilleurs des cas elle dira 'il se peut', et la plupart du temps, tout simplement 'non'. Au cas où une expérience et la théorie coïncident, cela veut dire 'il se peut', et si le contraire est véritable, cela veut dire 'non'. Sans aucun doute, toute théorie se mettra en examen par 'non' - et dans la plupart des cas très peu de temps après leur énonciation". Il n'en est pas de même pour la Torah, la Loi Véritable qui nous a été donnée. Elle n'est guère la trouvaille d'une expérience au sein du monde naturel, mais le fruit de la découverte qui va se redécouvrant dans la mesure où l'histoire se déroule.

Lorsque l'on s'efforce de faire le lien entre la Torah et toute autre sphère de raisonnement, les sciences entre autres, on ne découvre guère de solution raisonnable aux questions éveillées par le temps - sorte d'apologétique sensée répondre à un besoin de se justifier, sauf que nous y fournissons en toute sécurité une réponse sur le champs et qui éliminera la question d'un seul coup par sa racine - et cette réponse se trouve en permanence dans notre serviette. Il se pourrait que dans l'absence de ces questions provocatrices issues du monde du raisonnement humain (sciences, philosophie ou encore...) nous ne saurions comprendre ce qui se cache dans notre âme, l'âme du peuple tout entier, et l'idée contenue dans cette réponse ne nous serait pas venue spontanément à l'esprit - mais de toute façon, le contenu de cette réponse n'est autre qu'une expression de cette vérité cachée cherchant à éclore à tout moment en surface, qui espère se dévoiler à la lumière du monde et le libérer de son obscurité. En effet, nous ne sommes pas forts en questionnements car en tant que ‘croyants fils de croyants’ nous avons réponse à tout, et les portails de la repentance2 ne sont jamais clôturés devant nous. Et le Saint béni soit-il, tâcha de partager joliment son monde à parts égales entre Israël et les nations. Les nations nous éveillent des questions, des contestations, nous imposent des obstacles, tandis que nous répondons, tranchons et faisons disparaître les barrières. En ce qui concerne la Parachat Hashavoua, la portion hebdomadaire de la Torah, en tant que ‘Royaume de Cohanim et Peuple Saint', nous déterminons le moment de trancher qu’il est cas d’impureté et aussi comment purifier le monde et les nations - qui pourtant nous mettent à tort tout le temps, et mettent à tort l’ensemble de la réalité, en raison de la frustration que parviennent à leur éveiller les problèmes face aux tourments du monde. En ce qui concerne une éruption claire, blanchâtre, qui tache la peau du corps et qui est une infirmité - nous comprîmes que vu que la réalité se présentât de façon aussi claire, gare à celui qui dirait que nous ne sommes guère conscients d’une vérité plus complexe, et que ce n’est que lors de l'obscurcissement de la tâche - ce qui revient à dire qu’il n’y a pas d’éclaircissement naturel dans notre monde - que le Cohen sera à même de déclarer à l’infirme qu’il est en état de pureté, car à partir de ce moment il saura que l’obscurité et la lumière sont en état d’amalgame. Et me permettriez-vous un mot d’esprit en ce moment pourtant si solennel - mais voilà que Bergson soutenait déjà que le rire est un trait caractéristique de l’être humain - il est fort possible qu’en tant qu'apostât, Bergson s’investit davantage à l’étude de la Torah écrite tandis qu’un juif plus fiable, davantage à la Torah orale - et vit de ses propres yeux Itzhak Avinou, le rire en personne que D.ieu fit à Sarah ainsi qu’à l’ensemble de la réalité - et voyez-vous bien, notre ministre de la défense lui-même s’occupe de faire disparaître les barrières des postes de contrôle! Y aurait-il de preuve plus convaincante de notre dédain pour les obstacles?!

Nous sommes bien les enfants d’Avraham, d’Itzhak e de Yaacov, et c’est à eux que le Saint béni soit-il est apparu au nom de E-l Shadaï, vu qu’Il n’ avait aucune raison de se faire connaître par son nom Hashem, origine de tout, car il n’en éprouvaient guère la nécessité. Ils savaient que par-derrière celui qui ‘dit à son univers ça suffit’3, se cache dans les niveaux supérieurs intangibles le nom qu’Il tâche d’occulter, ‘E-hiéh Asher E-hiéh’, soit ‘celui qui va se dévoilant tout le temps au long de l’Histoire’. L’univers n’est donc pas pour nous l’absence absolue bouddhiste, pauvre illusion dépourvue de sens, ni non plus sa cousine chrétienne, c’est-à-dire l’obscurité qui n’est réparable que lorsque disparue - mais surtout un vaste pré fertile, prêt au dévoilement de ce qui est caché, au dévoilement du ‘moi’ véritable et absolu4. Avraham Avinou, la paix soit sur lui, se retrouve faisant face à toutes les détresses de la vie, compliqué par les enchevêtrements de la réalité - subjectives et objectives aussi bien, personnelles ou collectives, et ne voit pas pour autant dans l’essence du monde de ‘question’, au contraire, il y voit une ‘invitation’. Les propos de Rabbi Itzhak dans Béréshite Rabba (sur Lekh Lekha pr. Tl), ‘écoute fille, voit et tend ton oreille, oublie ton peuple et la maison de ton père’ - Rabbi Itzhak dit ‘après avoir erré d’un endroit à l’autre, il aperçut une ville en flammes, (et se posa la question) pourrait-on dire que cette ville était sans gouverneur? Le responsable l’épiant (écouterait ses propos et) lui répondit 'c’est moi le seigneur de cette ville’ - il en est de même au sujet d’Avraham Avinou qui se posait la question ‘pourrait-on dire que ce monde n’a pas de dirigeant?’ et le Saint béni soit-il, l’épiant lui dit ‘c’est Moi le Gouvernant, le Seigneur du monde entier’ - Avraham Avinou, la paix soit sur lui, en tant qu’agnostique dans sa quête de sens (Nossal Victor Frenkel entre autres) mais aussi croyant stupéfié, face au monde lorsque celui-ci était en flammes (il se peut que ce midrash-ci soit un peu prophétique en ce qui concerne ce qui est advenu à Manou pendant la 2º guerre mondiale, que la détresse ne nous retombe pas deux fois) et à ce sujet témoigna Rabbi Eliézer fils de Rabbi Yossé dans son ouvrage ‘Mishna de Rabbi Eliézer(chap. 15 p.279) ‘les cieux furent appelés Saints, car il a été dit - la demeure de Ta sainteté est entourée par les cieux. Et pourquoi furent-ils appelés saints? car le Nom du Saint béni soit-il se sanctifie à travers d’eux. Quand les créatures regardent les cieux, elles se doivent de reconnaître et savoir qu’elles ont un créateur. Pour cela dit David ‘car je percevrai Ton Nom, les œuvres de Tes Doigts’. Tel était Avraham Avinou, qui déduit de par son propre raisonnement et dit - si un homme se déplaçant dans le désert trouvait une ville en flammes - dirait-il que cette ville n’a pas de seigneur, de cette même façon il est impossible ce monde et ces cieux sans seigneur ni créateur’. Et malgré tout ceci Avraham Avinou la paix soit sur lui, n’avait en sa bouche de question, mais soif de réponses. Et son fils, Itzhak Avinou la paix soit sur lui, homme à dévouer son âme aux idéaux les plus élevés, ne s’interrogea pas sur l’avenir le plus immédiat, ni même lorsqu’il monta à l’autel du sacrifice. Et Yaacov Avinou la paix soit sur lui, habitué aux privations, se déplaçant à son rythme aux pas des femmes et des enfants - c’est-à-dire à la cadence avec laquelle la réalité s’imposera à lui - qui ne se courrouce pas un seul instant et ne pose ni même de questions existentielles, car il sait bien qu’il ira retrouver son frère Esaü sur le mont Séyir à la fin de l’histoire.

Il en était ainsi car la direction vers laquelle eux et leur progéniture cheminaient leur était bien claire, vers le dévoilement du D.ieu unique et de son nom unique. Pour formuler ceci dans un style plus simple, compatible avec les enfants de notre génération, disons ‘vers l’union du caché et du dévoilé’, vers la clôture de la brèche qu’il existe entre le fini et l’infini. Lorsque je dis ‘fini’, je ne me réfère pas au ‘fini’ mathématique, mais à ‘fini’ dans le sens juif du terme, c’est-à-dire pourquoi aurait-il en lui de réduction ou de restriction limitante quelles que soient-elles? Aussi convient-il de profiter de cette occasion pour répliquer aux propos de celui qui prétend que la preuve de l’existence de D.ieu associée par le Rambam à l’existence de l’infini singulier et unique ne tiendrait pas debout vu que les mathématiques possèdent une infinité de concepts d’infinité. La réponse est claire: toute infinité mathématique sera forcément considérée comme ‘finie’ dans une perception hébraïque, qu'il s'agisse de l’infini naturel, rationnel, concret et voire même composé, indépendamment de son degré de complexité. Il existe aux yeux du peuple juif un être singulier et unique infini dans le sens d’un être qui ne connaît aucune limitation, et il s’agit de l’Être Divin, le Saint béni soit-il lui-même. Et même davantage - toute infinité mathématique se construit sur un concept qui prend pour base le fini, étant donc dans ce sens toujours l’extrapolation du fini, appartenant au domaine de ce que nous avons l’habitude de qualifier de chose qui ‘aspire à l’infini’, et qui ne peut par conséquent être pris pour l'infini absolu, puisque la finitude sur laquelle il se base le couvre de son ombre.5 Dans ce cas, le fini n’est qu’une image, ombre débile de l’infinitude originelle. Ainsi, selon ce qu’écrit le Rav A.I.H Kook de mémoire bénie, dans Orot Hakodèshe (chap. 1º) ‘la connaissance du monde et de la réalité qui provient du côté du profane, ne s’élève pas même au dix-millième de ce que vaut la réalité, par rapport à la connaissance profonde du monde et de l’être en général émanant du kodèshe - car le vrai de la réalité et de l’existence absolue de tout n’est possible que parce que tout provient du côté de la manifestation Divine, du côté d’où la vie et l’être se ramifient à partir de la source de la vie et de l’existence - que tout ce qui se manifeste comme monde et existence n’est rien qu’une ombre débile par rapport à l’être pur et formidable à sa source divine. Il arrive que toute la richesse scientifique de l’homme ne s’élèvera à merveille au niveau de toute sa grandeur que lorsqu’elle puisera et se renforcera dans sa source même d’existence, la connaissance de D.ieu et de sa gloire, de reconnaître le tout à partir de l’origine de tout.

Si Israël garde toujours claire devant ses yeux la conscience de cette unité réelle et existentielle, il devient une échelle dont la base est fermement établie à même le sol et l’extrémité supérieure se prolonge jusqu’aux cieux - en permanence et dans tous les domaines - et toute recherche scientifique ainsi que toute investigation cogitative théologique ou philosophique deviennent les ‘anges qui gravissent et redescendent en permanence les marches de cette échelle’. En effet, le plus grands des Cabalistes de Tsfat avant le dévoilement de l’Arizal, le Ramaq (Rabbi Moshe Cordovero), présenta à la fin de son ouvrage, le ‘Chiour Koma’(chap. 95) la façon d’un roi (méthode principale) en tout ce qui concerne l’observation de l’ensemble de la réalité dans ses différentes composantes - il écrivit ‘voici que suite aux grâces que m’a accordées mon Créateur pour ce que j’ai fait avancer dans les hauteurs, j’ai décidé de rapporter une manière générique d'étendre ces idées avec des équivalences dans le monde matériel, les élevant dans leur spiritualité et les faisant évoluer de domaine en domaine et d’en venir (de cette façon) au spirituel à partir du matériel et au matériel à partir du spirituel - l’esprit observateur résidera ainsi dans les deux univers simultanément.

Mais si le fini est si enraciné dans l’infini, d’où proviennent donc la rupture et le fossé, l’écart entre eux dans lequel est tombée, victime, l’ensemble de l’humanité qui cogite et qui critique? Cette rupture n’est donc pas à nous - elle prit forme dans le raisonnement des nations, et s’infiltra dans Israël en raison des quatre épreuves auxquelles notre peuple fut confronté le long de son histoire, toutes selon l’ordre rêvé par le prophète Daniel: Babylonie, Médie, Grèce et Rome. Durant nos deux premiers exils nous nous confrontâmes à l'idolâtrie grossière, et durant les deux derniers, aux puissances séculaires et matérialisantes. En Babylonie, Nabuchodonosor exigea qu’on se prosternât face à son image, c’est-à-dire, qu’on se soumît au déterminisme intrinsèque à la réalité et à la vie. Daniel et ses amis montrèrent que le peuple d’Israël ne s'assujettit jamais au déterminisme des forces naturelles, donc ne se prosternèrent pas. En Médie, l’on prit part au festin de ‘ce même malfaisant’ et ce fut ainsi en raison de mécréance en la Divine Providence, une trahison de notre loyauté nationale et religieuse. Or, toutes ces épreuves provenaient du côté de l’orient, et à ce cardinal la foi prédomine encore, même si déformée et dénaturée. Ce ne fut pas le cas lorsque la ‘Sagesse’ glissa de l’orient vers l’occident en passant par la Ionie (Turquie d’aujourd’hui) vers la Grèce actuelle. Les idoles ne seraient dès lors plus des idoles pour ce qu’elles avaient de spirituel où même de souverain, mais exclusivement au niveau de leur pouvoir - et là-bas, en Grèce, fleurit une approche complètement nouvelle à la pensée humaine et croyante: l’univers divin sera examiné depuis l’univers matériel. Pour cela, chez Héraclite, le ‘logos’ fait allusion à la façon de concevoir autant qu’au principe même de toute chose. Ensemble avec Xénophane, ces deux habitants de Milet dans l’Asie Mineure, qui - pour une raison ou l’autre vécurent exactement à l’époque de la fin de la prophétie hébraïque, tel que nous l’avait déjà signalé le Rav prof. Yehouda Ashkenazi de mémoire bénie (Manitou)- étaient justement les derniers des philosophes de l’antiquité chez qui l’esprit et la matière étaient encore minimalement associés entre eux.

La rupture entre l’esprit et la matière ne fera que s’approfondir et deviendra insurmontable à partir de Parménide et ses contemporains, lorsque la philosophie quitte le Proche Orient au profit de la Grèce et plus tard au profit de la méditerranée. Cette rupture est toute entière le résultat de la déformation Grecque qui apporta pour la première fois dans l’histoire de la pensée humaine un déchirement entre l’esprit et la matière, et eut même l’audace d’imposer au raisonnement humain les modèles du monde matériel comme une base incontournable de compréhension de la réalité et même comme règle de raisonnement impérative à l’analyse de cette réalité. Depuis, il ne reste à la métaphysique que de céder sa place à la philosophie, et celle-ci à son tour aux sciences, qui essaieront dès lors de trôner en juge unique sur les idées, opinions et croyances. Et si pendant la renaissance les sciences luttèrent contre la cécité chrétienne uniquement, dans le 19º siècle elles osèrent alors s’y prendre aux croyances plus raffinées poursuivant ainsi les combats de la révolution française contre le clergé et l’aristocratie tyrannique.

Il n’en est pas de même en ce qui concerne Israël. Toutes les ruptures sont entièrement étrangères à notre esprit, car il nous est évident que l’infinité Divine ne se heurtera jamais à la finitude humaine, car cette dernière n’est autre que l’image et la ramification de cette première, petite étincelle dépourvue d’ambition d’éclipser l’énorme foyer duquel elle s’embrasa, rayonna et continue de puiser son existence. En vue de la reconnaissance objective de cette dualité dans la conscience humaine, toutes les ruptures et les tensions perdent leur sens. La première dissension dont le sol se dérobe sous ses pieds est celle qui oppose Torah et sciences, en particulier le ridicule dans les débats concernant la création du monde dans toutes ses versions - puisque le temps et l’espace qui servent de principe et de base à ces mêmes débats constituent des catégories qui proviennent, dans une conception scientifique, de données non évidentes que nous, les mathématiciens, appelons de ‘variables bloquées’ (il n’existe aucune définition de temps en dehors de l´équation bloquée!!). Tout étudiant même débutant s’est déjà heurté au fait qu’il n’existe aucune définition scientifique à tous ces concepts de base, et à ceci vient se rajouter l’embarras philosophique qui ligote son entendement. Toute définition physique du temps dérive de la mensuration de la réalité physique elle-même, et par conséquent le temps ne peut être une variable libre. Il en résulte que la seule définition mathématique de tout mouvement, et même de tout phénomène, ne peut être exprimée que par le biais d’une équation bloquée - et nous savons bien qu’une équation bloquée a en général une infinité de solutions, et parfois même aucune solution!

Et combien Kant nous fait-il sourire sous cape lorsque l’on se rend compte qu’il décide, dans son désir d’apaiser ces discussions, d’abandonner l’ancienne métaphysique au profit de la métaphysique transcendantale uniquement parce que nous sommes incapables d’avoir affaire au Divin, et place au lieu de ça deux à prioris - temps et espace - à la place du monde Divin. L’abandon de l’à priori Divin au profit de l’à priori humain est l’épitomé de l’idolâtrie, dans ce cas plus raffinée, plus moderne. Et combien de persiflage encore la méthode de Heindrich Heine, élève de Hegel lorsqu’il écrit ‘Non, ce n’est pas vrai que la critique de la raison qui invalida les preuves de l’existence de D.ieu telles que nous les connaissons depuis Anselm de Canterbury mit fin aussi à l’existence divine elle-même. Le Déisme est vivant, et vit sa vie on ne peut plus concrète, il ne périt pas, et la philosophie allemande contemporaine est celle qui l’a moins fait mourir. Cette même dialectique berlinoise et ses enchevêtrements de toile d’araignée n’ont pas le pouvoir de tenter un chien à sortir de derrière un fourneau. Si elle est incapable de tuer un chat, à plus forte raison D.ieu...’ Je me souviens souvent du conte au sujet de ce roi qui se prenait pour un D.ieu, mais qui retomba pitoyable des hauteurs de sa vantardise, qui rampa tel une bête à même le sol et brouta de l’herbe. Ce récit est rapporté dans le merveilleux et formidable livre de Daniel, dont la lecture, que je recommande, rendrait la raison non seulement au bon Lerouge, mais plus encore à mon ami Marx l’opiniâtre et même aux messieurs Feuerbach Daumer, Bruno Bauer, Hengstenberg et tous les autres - des dieux à leurs propres yeux et qui manquent de D.ieu. En général, le Tanach regorge de belles histoires auxquelles il convient de s’attarder, comme dans le livre Béréshite par exemple, cette même histoire de l’arbre du Gan Eden dont les fruits étaient interdits à manger et le serpent, ce petit docent qui, six mille ans avant Hegel sermonnait déjà la philosophie Hegelienne. Cet étudiant méticuleux dépourvu de pattes démontre, avec son raisonnement pointilleux - une fois que l’absolu existe par identification entre expérience et connaissance - comment l’homme se fait D.ieu au travers de la conscience, ou bien, même idée différemment formulée, comment D.ieu atteint-il l’intérieur de l’homme pour qu’il soit conscient de lui-même - formule pas si claire selon les termes employés à la source: ‘car le jour où vous en mangeriez [de l’arbre de la connaissance] et vos yeux s’ouvriront et vous serez comme D.ieu!’.

Et si d’une part chez Kant il existe encore la reconnaissance (du moins officielle) de l’existence de D.ieu, de l’autre, chez son successeur dans un certain sens, son refus est absolu même sans pour autant être capable de le prouver - et je me réfère à la phénoménologie de Heideger qui transforme toute connaissance en création humaine ex nihilo - chez qui non seulement D.ieu est éloigné de l’homme comme chez Kant, mais Il est même complètement disparu comme dans ‘Eux, pourtant, disent à Dieu: écarte-toi de nous, connaître tes voies ne nous plaît pas!’(Job 21 ). Qu’ y a-t-il de surprenant de le savoir soutenir le gouvernement hitlérien? Et nous pressentons donc pourquoi en Allemagne précisément le processus d’effacement du Divin eut lieu, et suite à lui celui de l’effacement de notre peuple. Et justement selon les propos de Rabbi Yehouda dans Sifri (Behaalotekha chap. 84) ‘tout celui qui vous touche est comme s’il avait touché à la prunelle de Son Œil... Il n’a pas été dit la prunelle de l’œil, mais la prunelle de Son Œil, comme si c'était vers le haut, la présence Divine’.

Pour dire la vérité, nous n’avons nullement besoin de tout cela, car Il n’a jamais existé et il ne pourra jamais exister de théorie qui se veuille scientifique sur la création du monde, et pas non plus du côté des milliards d’années que ce genre de théories rappellent - et dont on raconte qu’ils ont été rapportés par Rabbi Avraham Ben Ezra - car elles n’ont rien qui puisse choquer un Rabbin qui ne se laisse pas impressionner par des zéros, peu importe leur nombre, en particulier s’il est aussi un mathématicien lui-même, pour une simple et logique raison: aucune théorie ne peut être considérée scientifique si elle n’a pas été reprise deux ou trois fois - il conviendrait donc de reprendre rendez-vous dans 48 milliards d’années pour vérifier les résultats de ces expérimentations et en discuter les effets. Et ne croyez pas que j’aie un problème quel qu'il soit avec la théorie du Big-bang , il s’agit d’une théorie très sympathique que j’apprécie, et l’un des membres de la commission lui a dédié un temps non méprisable et ce serait un manque de reconnaissance que de gâter son éclat.

En dépit de tout ce que nous avons dit, aussi les tensions entre Torah et philosophie qui tournèrent en vinaigre la vie de nos aïeux d’antan et de l’actualité sont ridicules, puisque toute philosophie n’est autre qu’une façon d’examiner qui émane de la logique, et cette dernière n’est que le résultat de l’observation de la réalité que l’on essaye en vain d'en appréhender le sens dans sa totalité, et, telle une spirale dans une futile tentative de s’entourer d’elle-même, la logique prétend s’auto-analyser, et si l’on paraphrase Levinas - et avec toute sa hardiesse, cette logique ne pourra guère se frayer de chemin au travers de la muraille de la manifestation Divine et les expériences spirituelles qu’elle proportionne dans l’âme de l’homme.

Cette âme est si pure et ample qu’elle se moque dans sa foi de toute argument logique, non pas méprisant la raison et ses qualités D.ieu nous en préserve, mais parce que l’Étincelle Divine à sa source et capable d’étreindre tout les opposés, sait bien qu’il n’est d’argument logique qui ne puisse être réfuté, et en plus de ça elle se réserve le droit de trancher en faveur de la vérité. C’est ce qu’ont dit nos pères dans le traité de Sanhédrin (17) ‘Rabbi Yehouda dit (que) Rav dit: on ne place dans le Sanhédrin que celui qui sait rendre pur un animal rampant avec la Torah’ et aussi ‘Il y avait un ancien érudit à Yavné qui savait rendre pur un animal rampant de cent cinquante façons différentes tel qu’il a été relaté au traité Yirouvin (13).

Par conséquent le Machon Lev mérite une bénédiction spéciale pour la valeur et le courage desquels il a fait preuve lors du choix du sujet du symposium qui aura lieu avec l’aide de D.ieu cet après-midi. Wissenshaft Des Judentums, qui sont à la base des 'sciences du judaïsme' aujourd'hui encore et s'en tiennent aux ornements du bas du manteau de l'Allemagne de 'l'époque des lumières'. En tant que quelqu'un qui s’occupe personnellement de recherche talmudique, je déclare qu'il n'y a pas d'argumentation dans l'analyse du Talmud qui ne peut être chamboulée et qu'il n'y a pas de philosophie ou réflexion juives dont la source ne peut être attribuée à des 'puits fendus qui ne retiendront point d'eau'. Pourtant le Rabbin Saadia Hagaon n'est pas montécallemin, le Rambam un philosophe aristotelien ni le Rav Kook Bergsoniste. Oser en faire un sujet lorsque l'abordage scientifique prédominant est encore sens dessus dessous est un courage digne de respect et le témoignage d'une recherche authentique de la pure vérité - soit-elle agréable à l'oreille ou pas, car ceci est toute la science véritable: ne pas avoir peur des conclusions. Les vérifier à chaque heure et à chaque instant, mais de la façon correcte avec les instruments qui conviennent.

Et même s'il n'y a pas de vérité sans foi (car il faut d'ores et déjà croire en notre capacité de découvrir la vérité) et il n'y a pas de foi sans vérité (car la foi s'établit sur la vérité qui se dévoile, et la Torah elle-même est appelée 'vérité'), il en est ainsi en ce qui concerne toute rupture possible, y compris celles qui concernent la rupture qui sépare les plusieurs parties de notre peuple. 'Religieux' et 'séculaires' ne sont que des déviations temporaires de la Providence Divine dans le processus de reconstruction du peuple dans son pays, et sont à présent interdépendants.

La voix d'acclamation de l'harmonie Divine intrinsèque à notre univers tout entier s'est déjà faite entendre sur le Mont Carmel par le biais de celui qui annonce la délivrance, Elyahou Hanavi le prophète. Le peuple de D.ieu déclara en chœur alors l'unicité, en contradiction avec toutes les ruptures imaginaires en levant sa voix: 'le Seigneur est D.ieu', c'est-à-dire que l'être Divin infini qui s'élève au-delà de toute intelligence et perspicacité, se manifeste dans tout son potentiel à travers de tout ce qui se dévoile dans le monde et dans la nature, le spirituel ainsi que le matériel, caché et manifeste redeviennent les deux côtés d'une même réalité, qui, dans un processus asymptotique vont se rapprochant l'un de l'autre dans la mesure qu'Israël blanchit son identité personnelle dans le pays de Sa Sainteté. Et la bénédiction 'béni Celui qui donna de Sa sagesse à (celui qui est fait de) chair et sang' va s'approchant de la bénédiction plus éminente 'béni Celui qui partagea de Sa sagesse avec Ses prochains'.


Rabbin Dr.Elyahou Rahamim Zini

Trad: Bruno Benjamin Scialom


1 À l’occasion où le prix m’a été octroyé


2 NT: réponse et repentance se traduisent en hébreu par le même terme תשובה


3 NT:  ‘Shéamar léolamo daï, acrostiche de ‘Shadaï’


4Celui qui tombe’ (lettre ‘נ’) qui se courbe face à la sainteté (lettre’ י’) dans le mot moi (‘אני’), et non pas la sainteté qui se courberait face à celui qui tombe et qui le sert (‘אין’- ‘absence’)


5 Je me suis déjà prolongé sur ce point dans mon exposé sur la logique hébraïque, et ces propos ont été diffusés.